Les anciennes règles

A la veille de la mise en place de nouvelles règles de compétition par l'IJF, nous avons pensé que c'était l'occasion de revenir sur ces l'évolution des règles de compétition telles qu'on peut les retrouver dans la littérature des années passées. Extraits :

1957 : Ma méthode de judo (Mikinosuke Kawaishi)

Les compétitions sont courtes ; elles durent en général DEUX MINUTES, car l'un des buts du Judo est d'obtenir un résultat rapide.

Elles se disputent d'habitude en DEUX POINTS, c'est-à-dire que le premier combattant qui a marqué deux points est vainqueur.

Le POINT s'obtient :

  • en projetant nettement son adversaire sur le dos ;
  • en l'immobilisant au sol sur le dos pendant 30 secondes ;
  • en provoquant son abandon sous l'effet d'une Strangulation ou d'une Clé de Bras, de Jambe ou de Cou.

Il est interdit :

  • de donner des coups ;
  • de toucher le visage ;
  • de prendre les doigts ou les orteils ;
  • de saisir, avant le début de la projection, la ceinture ou le pantalon

1959 : Initiation au judo (René Moyset, Editions Bornemann)

Le lieu de compétition devra être en général une plate-forme carrée de 10m de longueur sur 10 m de largeur, élevée à 50 cm du sol, et recouverte de 50 tatamis. […] Le temps pour un combat sera de 3 à 20 mn et devra être fixé préalablement. Il ne sera prolongé qu’exceptionnellement à la majorité des juges. […]

Concernant les actions et techniques des combattants, les actes suivants sont prohibés. […]

  • c. Les techniques de ciseau à la tête et au corps.
  • d. Appliquer des techniques de luxation sur les articulations autres que celles du coude
  • e. Appliquer une technique qui soit susceptible de causer des dommages aux vertèbres du cou ou de l'épine dorsale de l'adversaire. […]

L'arbitre peut avertir le combattant en cas d'infraction non grave aux règles. Il devra donner un avertissement officiel dans le cas où l'un des combattants aura tenté de faire ou aura fait une infraction grave aux règles ou dans le cas de plusieurs infractions non graves. Si après cet avertissement il constate une nouvelle infraction aux règles il pourra après consultation des juges déclarer le combattant comme perdant pour infraction aux règles. En cas d'infraction très grave il peut disqualifier directement le combattant

Le jugement un "point" (Ippon) pourra être porté sur la base des conditions suivante :

A. Technique de projection

  1. Quand un combattant appliquant une technique ou "contrant" une technique d'attaque, projette son adversaire sur le dos, avec quelque force ou quelque élan.
  2. Quand un combattant avec habileté, élève son adversaire qui est allongé le dos sur le sol à peu près à la hauteur de ses propres épaules.

B. Au sol

  1. Quand l'un des combattants abandonne […]
  2. Dans le cas de "immobilisation" (Oasekomi), quand l'adversaire ne peut rompre la prise en moins de 30 secondes […]
  3. Dans le cas d'un étranglement, quand l'effet est suffisamment apparent, l'arbitre arrête le combat et déclare point.

Le jugement "avantage" (Waza-ari) (80 à 99% d'un point) sera porté dans les conditions suivantes

  1. Dans le cas d'une technique de projection, quand un combattant projette son adversaire en bonne forme qui mérite presque "point" (Ippon)
  2. Dans le cas d'un technique d'immobilisation, quand un combattant tient l'adversaire avec succès pendant plus de 25 secondes.[…]

Les attaques seront réputées valables pour la décision [en cas d’égalité] si le combattant attaqué a été réellement déséquilibré ou d'une façon plus générale, a perdu manifestement le contrôle du combat pendant une fraction de temps.

1963 : Vérités sur le judo japonais (Claude Thibault, revue Judo Kodokan)

Suite d'articles sur le judo japonais écrits durant le séjour de l'auteur au Japon entre 1957 et 1960

Description du championnat national japonais.

Les combats durent dix minutes. Trois arbitres vont juger les combattants, un dirigera la rencontre au centre du tapis et deux feront office d'assistant […] La victoire est acquise par un point ou deux waza-ari. Si la rencontre atteint la limite des 10 minutes, la victoire sera donnée par décision. Il n’y a ni prolongation, ni match nul. Nous verrons […] que les décisions des arbitres sont souvent empreintes de partialité et qu'ils donnent quelquefois des avis complètement oppposés. Des rivalités de personnes, de clans, d'intérêts entrent en jeu et c'est souvent déroutant… au début du moins.

La limite extérieuse du tapis est définie par une différence de niveau d'environ 5 cm. Les projections en dehors ne comptent pas. La partie supérieure du corps et la ceinture doivent être à l'intérieur pour obtenir le point. Si un mouvement est suivi d'une action au sol et que l'un des adversaires se dégage en "se sauvant", l'arbitre n'intervient pas pour ramener les combattants. C'est une des caractéristiques de l'arbitrage des grandes rencontres au Japon. Le juge central laisse une grande liberté aux combattants et même si dix minutes se passent en tiraillements de judogi ou en fuite le long de la bordure, l'arbitre ne bouge pas. Heureusement pour nous, les judokas japonais adoptent rarement une attitude aussi négative. […]

La finale sera plus tendue. Disputée en 20 minutes, elle va voir deux volontés s'affronter. A la fin de ces 20 minutes, il y a le titre, la gloire, les honneurs, un dan quelquefois, et aussi, peut-être, une situation ou la prise en charge du nouveau champion par une grande société.

L'arbitrage

Durant les rencontres, les adversaires sortent rarement du tapis et l'arbitre n'intervient pratiquement jamais. La plus grande liberté est laissée aux combattants qui peuvent adopter une tactique de compétition sans craindre de voir leurs efforts cassés par un juge trop pointilleux.

Des multiples observations que nous avons faites nous pouvons tirer quelques principes :

  • Dans les petites rencontres, la ligne extérieure délimitant la surface de compétition n'est qu'un point de repère. Les projections amorcées à l'intérieur et dont la chute seule est à la limite sont comptées bonnes […] si l'arbitre estime qu'Uké ne pouvait rien faire sur l'attaque.
  • Il n'en est pas de même dans les championnats importants. Le bord du tapis est délimité avec précision. Si le point n'est pas acquis, la chute se produisant au-dehors, l'ensemble de la projection, tant pour l'attaque, que pour la défense, ne compte absolument pas pour la décision.[…]
  • Les arbitres du Kodokan ont une facilité naturelle à rompre les combats au sol. Les actions en ne-waza sont généralement courtes et le combat reprend debout.
  • Les arbitres interviennent rarement durant les shiais. Ils laissent une grande liberté aux combattants. La tenue du Judogi, la position du corps, le rythme des attaques, tout cela laisse les juges absolument indifférents.[…]

A notre échelle tirons un enseignement beaucoup plus facile. Celui tendant à améliorer nos méthodes d'arbitrage par l'application stricte des règles du Kodokan, sans pour cela entraver l'action des combattants.

1975. Le Judo (Paul Bonét-Maury et Henri Courtine, Presses Universitaires de France)

Nous n'allons pas reproduire la description très complète des règles de compétition adoptées par l'IJF en 1967 et reproduites dans cet ouvrage. Mais on y trouve notamment :

  • Les temps de combat : 6 mn pour les éliminatoires, 8 mn pour les finales de repêchage et 10 mn pour les finales
  • Les valeurs ippon, waza-ari, yuko et koka et la durée des immobilisations pour atteindre ces valeurs (30 secondes, 25, 20 et 15)
  • La possibilité de gagner par ippon si on soulève l'adversaire au sol avec habilité à la hauteur de ses propres épaules
  • Les pénalités différentes selon la gravité de la faute : shido, chui, keikoku et hansoku make
  • La notification de 25 motifs de pénalité au règlement de l'IJF dont l'attitude exagérément défensive

Les auteurs parlent également du coach : Le rôle du coach doit se terminer avec le début du combat au cours duquel il est préférable qu'il n'intervienne pas. Son rôle se borne donc aux conseils avant la compétition, mais aussi aux commentaires faits après la compétition pour en tirer des renseignements pour les suivantes. L'intervention du coach pendant le combat substitue sa responsabilité à celle du combattant, ce qui enlève tout intérêt à la pratique de la compétition destinée justement entre autres à développer le sens de la responsabilité chez le sportif.

On voit donc à travers ces quelques extraits que les règles du judo en compétition n'ont jamais été fixes et que les contradictions y sont nombreuses : le judo est décrit comme un sport où la victoire est rapide mais les règles ont permis des combats jusqu'à 20 minutes ; on observe des arbitres japonais qui n'interviennaient quasiment jamais sur le déroulement d'un combat pour arriver quelques années plus tard à de nombreux motifs de pénalités.

Et pour finir, une citation de Kawaishi dans son chapitre sur les principes généraux des compétitions : Plus une loi est courte, plus elle est faite pour des êtres de valeur et plus son application réclame de valeur.